"Trishna" : Tess d'Uberville, version Bollywood

Publié le 21 Juin 2012

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Pour la troisième fois, Michael Winterbottom s'empare d'un roman de Thomas Hardy. Comme le romancier, le cinéaste est un provincial (Hardy est né dans le Dorset, Winterbottom dans le Lancashire) et ils ont en commun cette excentricité géographique qui les tient éloignés des mondanités londoniennes. Au XXIe siècle, cette position peut emmener très loin. Dans un premier temps, Winterbottom avait adapté Jude l'obscur, en en respectant le lieu et l'époque (l'Angleterre victorienne). Il a ensuite transposé Le Maire de Casterbridge dans les Montagnes rocheuses au temps de la ruée vers l'or (Rédemption, 2000). Voici enfin Tess d'Uberville acclimatée au XXIe siècle, en Inde.


Cette transplantation n'est pas illogique. On peut trouver plus d'un point commun entre l'Inde d'aujourd'hui et le Royaume-Uni de la révolution industrielle : les inégalités sociales, les mutations technologiques, la pression du changement sur les valeurs traditionnelles. La petite paysanne de Hardy devient Trishna (Freida Pinto), ravissante jeune fille employée dans un hôtel d'une petite ville du Rajahstan. Elle y est remarquée par Jay (Riz Ahmed), fils du propriétaire de la chaîne à laquelle appartient l'établissement. Comme son modèle victorien, Trishna est séduite et déshonorée, mais Winterbottom a fondu en un seul personnage les deux figures masculines entre lesquelles hésitait l'héroïne de Hardy. Si bien que Jay est tour à tour humain et hautain, moderne et rétrograde.


C'est l'une des faiblesses qui minent ce projet. Les premières séquences sont prometteuses. Winterbottom, qui a déjà tourné en Asie du Sud, installe avec aisance ses personnages dans le paysage contradictoire d'une petite ville indienne, avec son palais transformé en hôtel, ses rues engorgées de trafic qui laissent soudain la place à une campagne aride. L'image de Marcel Zyskind, le chef opérateur habituel de Winterbottom, trouve - comme à son habitude - cette texture quasi-documentaire qui sape le scepticisme.


Hélas, les personnages sont moins convaincants que leur environnement. Cela tient sans doute à la joliesse un peu neutre de Freida Pinto. Il fut une autre Tess -Nastassja Kinski, dans le film de Polanski - dont l'énergie physique, la force, expliquaient la passion. L'ex-mannequin, que l'on a vue aussi bien chez Woody Allen (Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu) ou Julian Schnabel (Miral) glisse ici comme dans ces autres films, sans vraiment impressionner. Face à elle, Riz Ahmed, qui incarne un être essentiellement futile, défini par son seul statutsocial, peut se permettre de rester un peu insipide. C'est à Trishna/Tess de conférer la dimension tragique à cette histoire et la tragédie reste - pour l'instant - hors de portée pour Freida Pinto.

Si bien que les péripéties du scénario qui mènent la jeune fille jusqu'aux studios de Bollywood avant de la cloîtrer dans la chambre des maharanées d'un ancien palais, se font de plus en plus artificielles, jusqu'à ce que le finale - fidèle à Hardy - laisse de marbre alors qu'il aurait dû bouleverser.


LA BANDE-ANNONCE

 

 

Lien: http://www.lemonde.fr/cinema/article/2012/06/12/trishna-tess-d-uberville-version-bollywood_1716585_3476.html

 

Vine

Rédigé par Bollywood Sources

Publié dans #Movies et Film

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